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D L V O |
les spectres et autres revenants, c'est de passer presque inaperçus. Alors que tout le reste de l'année ils demeurent les maîtres incontestés de l'épouvante nocturne, voilà qu'en cette nuit particulière tout le monde s'amuse à faire peur à tout le monde. Et pour quoi faire, je vous prie ? Sinon pour les ridiculiser, eux, les seigneurs de l'effroi. A la Grande Réunion Spectrale qui s'est tenue la semaine dernière, les morts ont décidé de frapper un grand coup pour l'Halloween 2004. Sous la haute présidence de son Horreur Caillesang les articles suivants ont été votés à l'unanimité : Article premier : Les décapités se présenteront par groupes de trois devant les portes des donneurs de bonbons et feront sauter leurs têtes déjà coupées comme des bouchons de Champagne avant de les faire rouler sur le sol pour jouer à la carambole. Leurs majestés Louis XVI et Marie-Antoinette ayant eu la gracieuse idée que de gros bouillons de sang giclant de leurs artères tranchées seraient du meilleur effet, la suggestion a été retenue. Article deux : Les empoisonnés dont les corps sont entrés en décomposition de leur vivant sont priés d'embrasser tous les petits enfants qu'ils rencontreront. Sa Sainteté le pape Borgia soulignant que si l'on pouvait y ajouter une véritable odeur de putréfaction le côté sinistre en serait accru, ce souci du réalisme a été retenu. Article trois : Les suppliciés, les roués, les écartelés, les démantelés, porteront (ès rues, ès avenues, ès parcs et jardins) leurs tripes en sautoir et jongleront avec leurs membres arrachés, leurs yeux crevés, leurs viscères éclatés. Le sieur Ravaillac émettant l'hypothèse qu'une telle facétie serait incomplète si elle était silencieuse, il a été admis que les cris poussés à l'époque par ces suppliciés, roués, écartelés, démantelés, seraient de nouveau entendus par les vivants d'aujourd'hui (ès rues, ès avenues, ès parcs et jardins.) Article quatre : Les massacrés de tout poil et de tout horizon étant les plus nombreux c'est eux qui chaufferont la salle. Ils seront chargés, dès le matin, de hanter les citrouilles, les balais, les toiles d'araignée, les placards, les égouts, tous les recoins obscurs et de pousser des hurlements lamentables propres à égayer cette journée et à mettre en condition les pauvres minables de la Terre qui tentent de les copier de façon bien pâlichonne. Un différend s'étant élevé entre le Frère Taureau Assis et le grand Druide Enoch, le premier certifiant que les citrouilles sont originaires de son pays et le second maintenant que les Celtes n'ont pas attendu après les Américains pour inventer Samain et l'Ankou, il est convenu que les citrouilles seront dévolues aux Indiens, et les arbres ainsi que les corbillards, réservés aux Bretons. Article cinq : Les bourreaux, bourreaux de père en fils ou bourreaux de passage, formeront un vaste orchestre de percussions pour accompagner et animer la parade des revenants. Il est convenu que les ossements de leurs victimes et leurs fourni- ments de torture leur serviront d'instruments. Monsieur Anatole Deibler évoquant la difficulté, pour lui, de taper sur des crânes avec une guillotine pour faire de la musique et le sieur Samson lui offrant une de ses haches sacrificielles pour jouer sa farce, la proposition a été retenue. En conclusion : Plusieurs millions de morts, morts de mort violente et prématurée, s'étant portés volontaires pour former le gros des troupes, toutes les candidatures ont été retenues. Voilà, c'est ce que les morts ont décidé la semaine dernière à la Grande Réunion Spectrale.
Catherine Bastère-Rainotti - Chronique de la Vie Ordinaire © 13 octobre 2004 (tdr) |